Ces derniers jours, je suis tombé sur un énième post LinkedIn annonçant la mort imminente de WordPress.
En 2023, Wix a tué WordPress.
En 2024, Webflow a tué WordPress.
En 2025, Figma Sites a tué WordPress.
En 2026, l’IA va tuer WordPress.
Et pourtant, WordPress est toujours là.
Comme à chaque fois.
Ce genre de discours revient en boucle depuis plus de dix ans. Et s’il est souvent caricatural, il met quand même le doigt sur une vraie question : l’IA change-t-elle fondamentalement la donne pour un CMS open-source et auto-hébergé comme WordPress ?
Spoiler : oui… mais pas de la manière qu’on imagine.
Au moment où je rédige cet article, je suis tombé sur cette vidéo qui pourrait résumer parfaitement ou presque l’idée de mon article. Alors pour répondre clairement à cette question : L’IA va-t-elle vraiment tuer WordPress ? Ma réponse est clairement NON.
WordPress n’est pas mort, parce qu’il ne joue pas le même jeu
La première erreur de ces prédictions, c’est de comparer WordPress à Wix, Webflow ou désormais Figma Sites comme s’ils étaient sur le même marché.
Dans la vidéo partagée plus haut d’un développeur (qui porte le même prénom), je suis tout à fait d’accord avec ce qu’il dit. C’est comme quand les outils no-code sont arrivé, on avait prédit la fin des développeurs. Mais non, oui mais avec le vibe coding Claude et autre IA.
Oui c’est outils sont utiles et peuvent répondre à des besoins, mais je ne pense pas qu’un simple utilisateur lambda, ou entrepreneur qui ne connais rien dans la création de site va s’aventurer à demander à ces IA de lui créer un site de A à Z. Car oui, il code bien, mais une fois en ligne, et dans plusieurs années ou mois, s’il y a des bugs, comment il pourra s’en sortir sans aide, et sans support ?
Oui, je dit bien sans aide ni support, car quand on crée un site avec WordPress, derrière il y a une communauté. Mais derrière un site coder from scratch, personne d’autres ne connait le code que son créateur. Donc pour un développeur, cela peut aller, il peut rester la tête hors de l’eau. Mais pour une personne qui ne connait rien au code, il ne pourra demander d’aide à personne, car personne ne pourra comprendre son code.
En réalité, ces outils ne jouent pas dans la même catégorie
Wix et Webflow sont extrêmement efficaces pour créer des sites vitrines rapides, du clé en main, des projets simples qui doivent être en ligne vite et sans trop de complexité. De son côté, Figma Sites vise davantage les équipes design et produit, avec une logique de prototypage et de conception d’interfaces plus que de gestion de sites sur le long terme.
WordPress, lui, est utilisé dans des contextes complètement différents : des médias, des blogs à forte volumétrie, du e-commerce, des stratégies SEO qui s’inscrivent dans la durée, ou encore des écosystèmes éditoriaux beaucoup plus complexes. Autrement dit, on ne parle pas des mêmes besoins. On ne “tue” pas WordPress avec un outil de prototypage ou un générateur de landing pages, tout simplement parce qu’ils ne répondent pas aux mêmes usages.
On retrouve exactement la même erreur de raisonnement avec la comparaison entre WordPress et Shopify. Les deux ne sont pas opposés, ils sont complémentaires selon les projets. Shopify est souvent choisi pour sa simplicité et la rapidité de mise en ligne, notamment grâce à son infrastructure déjà optimisée. À l’inverse, WooCommerce (et donc WordPress) est préféré pour des projets e-commerce plus techniques, sur le long terme, qui nécessitent davantage de personnalisation et un accès plus poussé au code. Même avec les offres les plus avancées, Shopify reste plus fermé sur ces aspects. Au final, certains privilégient la simplicité, d’autres la flexibilité, et c’est précisément pour ça que les deux coexistent encore aujourd’hui.
L’IA peut générer des sites… mais pas les faire vivre
L’IA peut effectivement générer des sites, mais elle ne peut pas les faire vivre. C’est l’argument principal qu’on entend partout aujourd’hui : “Avec l’IA, on peut créer un site complet à partir d’un simple prompt.” Et c’est vrai, mais il faut être clair sur ce que ça veut vraiment dire.
Aujourd’hui, une IA sait très bien générer une structure de site, produire un design correct, remplir des pages avec du contenu générique et sortir un site présentable en quelques minutes. C’est impressionnant, mais ça reste superficiel.
Là où l’IA montre ses limites, c’est dans la gestion d’un site sur le long terme. Elle ne sait pas piloter une stratégie SEO dans le temps, maintenir un site actif sur plusieurs années, faire évoluer une architecture complexe, gérer des contraintes métier réelles, ni assumer la responsabilité juridique et technique d’un projet.
Créer un site, ce n’est pas l’exploiter.
Et c’est exactement là que WordPress entre en jeu. Il est massivement utilisé pour cette seconde catégorie de projets : ceux qui demandent un suivi, une maintenance, une structure évolutive et une exploitation professionnelle sur le long terme.
Le vrai fantasme : confondre démo et produit
Le vrai fantasme aujourd’hui, c’est de confondre démo et produit. Beaucoup de “sites IA” qu’on voit sont impressionnants à première vue, mais en réalité, ils sont souvent jetables, difficiles à maintenir, dépendants d’une plateforme propriétaire, et presque impossibles à transférer ou à auditer.
WordPress, à l’inverse, fonctionne complètement différemment. Il se télécharge, s’auto-héberge, se sauvegarde, se migre, et peut même être forké si nécessaire. Autrement dit, il offre un contrôle total à son utilisateur.
À l’heure où l’IA centralise de plus en plus de pouvoir, la question de l’ownership redevient cruciale. C’est exactement ce qui distingue un simple site généré par IA d’un projet solide et pérenne construit sur WordPress.
Non, WordPress n’intégrera jamais une IA “dans son core”
Et c’est normal. Un CMS open-source ne peut tout simplement pas se permettre d’embarquer des modèles lourds, d’imposer une infrastructure GPU, de dépendre d’un fournisseur d’IA ou de garantir des coûts stables à ses utilisateurs. Ce ne serait ni pratique, ni cohérent avec sa philosophie.
La seule stratégie viable pour WordPress, et celle qu’il suit déjà, est différente : il ne cherche pas à devenir une IA en soi. Son rôle, c’est de devenir un orchestrateur d’IA. Autrement dit, il fournit le cadre, les workflows et la structure nécessaires pour que l’intelligence artificielle, qu’elle soit externe ou intégrée via des plugins, puisse être utilisée de manière efficace et sûre, sans enfermer les utilisateurs dans une solution propriétaire.rain de suivre :
👉 devenir un orchestrateur d’IA, pas une IA en soi.
Plugins, API et IA externes : le vrai modèle
Le vrai modèle pour WordPress avec l’IA, ce sont les plugins. L’IA elle-même vit ailleurs, que ce soit via une API, un serveur externe ou l’hébergeur. WordPress, de son côté, fournit le cadre : il gère le contenu, les utilisateurs, les permissions, et organise les workflows éditoriaux. C’est cette structure qui permet d’utiliser l’IA efficacement, sans que l’utilisateur soit enfermé dans une plateforme unique.
Grâce aux plugins, on peut déjà avoir des fonctionnalités très concrètes : rédaction assistée, résumé automatique de contenus, traduction, modération, et même optimisation SEO dans une certaine mesure. Tout cela est orchestré par WordPress, qui reste le point central. Autrement dit, l’IA fait le travail, mais c’est WordPress qui fournit le contexte et garantit que tout reste cohérent et exploitable sur le long terme.
L’Abilities API : un signal faible… mais très stratégique
La future Abilities API est un petit signal faible, mais qui peut être très stratégique pour WordPress. Pour être honnête, je ne l’ai vue que rapidement dans la documentation, donc je n’en maîtrise pas tous les détails. Mais d’après ce que j’ai pu lire, cette API ne consiste pas vraiment à “ajouter de l’IA” dans WordPress. Son intérêt principal semble plutôt être de préparer le terrain : elle permettrait une gestion plus fine des capacités, des permissions adaptées à différents agents, et une standardisation des actions possibles.
En clair, WordPress ne cherche pas à devenir intelligent lui-même. Son objectif est plutôt de contrôler intelligemment ce qui l’est. Et pour un CMS open-source mature, c’est exactement ce que l’on attend : donner aux utilisateurs et aux développeurs un cadre flexible et sécurisé pour intégrer des outils intelligents, sans les enfermer dans une solution propriétaire.
Ironie du sort : l’IA a besoin de WordPress
Ironie du sort : l’IA a en réalité besoin de WordPress… ou, plus largement, des contenus structurés pour exister et apprendre. On parle beaucoup de l’IA qui remplacerait les CMS, mais beaucoup moins de l’inverse. Les IA se nourrissent de données : elles ont besoin de contenu organisé, fiable et disponible pour comprendre les tendances, générer du texte cohérent ou produire des articles.
Prenons l’exemple des blogs people ou de sites d’actualité légers. Même si ces sites peuvent aujourd’hui utiliser un peu d’IA dans la rédaction, ce n’est jamais de A à Z. L’IA peut aider à rédiger un article à partir d’un fond et d’une idée donnés, ou produire du texte dans le style du site, mais elle ne crée pas seule la base solide de contenu. C’est là que WordPress entre en jeu : il fournit l’infrastructure, l’archivage, et la structuration nécessaires pour que ces contenus existent et restent exploitables. Sans CMS comme WordPress, l’IA n’aurait rien à apprendre ni sur quoi se baser de manière fiable.
Le vrai danger pour WordPress n’est pas l’IA
Le vrai danger pour WordPress n’est pas l’IA. S’il y a un risque réel, il vient surtout de l’intérieur. L’interface d’administration reste encore trop complexe pour beaucoup d’utilisateurs, l’écosystème est parfois trop fragmenté, certaines intégrations IA sont encore bricolées et incohérentes, et sur certains workflows modernes, WordPress accuse un certain retard.
En somme, le combat de WordPress est avant tout interne. Ce n’est pas Wix, Webflow ou ChatGPT qui le menace ; c’est sa capacité à évoluer, à se simplifier et à s’adapter aux besoins contemporains qui déterminera son futur.
Conclusion
Alors, l’IA ne va pas tuer WordPress.
Elle va sans doute faire disparaître certains usages bas de gamme, mettre fin à des projets jetables, et pousser WordPress à mieux s’intégrer, mieux s’outiller et mieux guider ses utilisateurs. Mais un CMS open-source, auto-hébergé, extensible et utilisé par des millions de sites réels ne disparaît pas à cause d’un post LinkedIn ou d’une vidéo virale.
Comme toujours, on annoncera encore sa mort l’an prochain. Et comme toujours… il sera toujours là. Un peu comme dans le e-commerce, où on annonce sans cesse la fin du dropshipping, alors qu’en réalité il se réinvente à chaque fois pour continuer à exister.
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